Présentée en 1966, la Lamborghini Miura bouleverse l'automobile avec son V12 central transversal et son dessin signé Bertone. Retour sur l'histoire, les performances et les anecdotes de l'une des voitures les plus importantes de Lamborghini.
Il existe des voitures rapides, des voitures rares et des voitures qui ont marqué leur époque. Et puis il existe quelques modèles qui ont changé la manière même de concevoir l'automobile. La Lamborghini Miura appartient à cette dernière catégorie.
Présentée au Salon de Genève en 1966, seulement trois ans après la création d'Automobili Lamborghini, elle bouleverse les codes de la grande sportive. Son spectaculaire V12 n'est plus installé à l'avant comme sur les grandes GT de l'époque : il prend place derrière les occupants, en position transversale. Autour de cette mécanique, Bertone et Marcello Gandini dessinent une carrosserie d'à peine plus d'un mètre de haut.
Le résultat est radical.
Près de soixante ans plus tard, la Miura reste considérée comme l'une des voitures les plus importantes de l'histoire de Lamborghini et l'une des pionnières de la supercar moderne. Lamborghini la présente d'ailleurs officiellement comme la première supercar de l'histoire.
La Miura a évolué au cours de sa carrière. Les performances diffèrent donc entre la P400 originelle, la P400 S et l'ultime P400 SV.
| Caractéristique | Lamborghini Miura P400 |
| Production | À partir de 1966 |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60° |
| Cylindrée | 3 929 cm³ |
| Position moteur | Centrale arrière transversale |
| Puissance | 350 ch à 7 000 tr/min |
| Couple | 355 Nm à 5 000 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| 0 à 100 km/h | Environ 6,7 secondes |
| Vitesse maximale | Environ 280 km/h |
| Poids annoncé | 985 kg |
| Longueur | Environ 4,36 m |
| Designer | Marcello Gandini chez Bertone |
Ces chiffres sont ceux communiqués par Lamborghini pour la P400. Ils permettent surtout de mesurer à quel point la voiture était exceptionnelle au milieu des années 1960 : 350 ch, moins d'une tonne selon les données d'époque et environ 280 km/h.
Et la Miura allait encore progresser.
L'histoire de la Miura commence avant même que sa carrosserie existe.
Automobili Lamborghini est encore une entreprise extrêmement jeune. Ferruccio Lamborghini a créé sa marque en 1963 et ses premières voitures, notamment la 350 GT, sont davantage pensées comme de puissantes grandes routières que comme des voitures de course homologuées pour la route.
Mais une jeune équipe d'ingénieurs veut aller beaucoup plus loin.
Gian Paolo Dallara, Paolo Stanzani et le pilote-essayeur Bob Wallace travaillent à partir de 1964 sur l'idée d'une voiture de sport directement inspirée de l'architecture des voitures de compétition.
Ferruccio Lamborghini finit par donner son accord au projet.
Le résultat prend le nom de 400 TP, puis de projet L105. Son principe est particulièrement audacieux : placer le V12 de près de quatre litres derrière les occupants et surtout l'installer transversalement.
En novembre 1965, Lamborghini présente au Salon de Turin quelque chose d'assez incroyable : non pas une voiture terminée, mais son châssis nu.
Le châssis en acier ne pèse alors que 120 kg selon Lamborghini. Le moteur et les quatre sorties d'échappement suffisent à attirer l'attention des visiteurs. Plusieurs carrossiers proposent même spontanément à Lamborghini de dessiner la carrosserie qui viendra l'habiller.
La Miura commence donc à fasciner avant même d'avoir une silhouette.
Il manque justement une carrosserie à cette incroyable mécanique.
C'est ici qu'intervient Nuccio Bertone.
Une anecdote racontée par Lamborghini veut que Bertone ait observé le châssis au Salon de Turin avant de promettre à Ferruccio Lamborghini de créer « la chaussure parfaite pour ce magnifique pied ». Lamborghini précise elle-même qu'il est impossible de confirmer aujourd'hui que cette conversation s'est réellement déroulée exactement ainsi.
Ce qui est certain, c'est que Bertone obtient le projet.
Le dessin est confié à Marcello Gandini, alors extrêmement jeune et récemment arrivé à la tête du design chez Bertone.
Quelques mois suffisent pour transformer le châssis P400 en l'une des silhouettes les plus célèbres de l'histoire automobile.
La première chose qui frappe avec une Miura est sa hauteur.
Elle semble littéralement posée sur la route.
Lamborghini indique une hauteur d'environ 1,10 m seulement pour la voiture de série. Sa carrosserie est longue, fluide et incroyablement basse.
À l'avant, deux phares escamotables sont entourés de célèbres éléments noirs ressemblant à des cils. Ils deviendront l'une des signatures visuelles les plus reconnaissables de la Miura.
Le capot plonge très bas entre les ailes.
Les prises d'air latérales alimentent le V12 installé derrière l'habitacle.
À l'arrière, des lamelles noires recouvrent la zone située au-dessus du moteur. Elles ne sont d'ailleurs pas uniquement décoratives : leur conception participe également à évacuer la chaleur produite par le V12.
Même l'intérieur possède une personnalité particulière. Les grands compteurs semblent orientés vers le conducteur et certaines commandes des premières Miura sont installées au-dessus des occupants, sur le pavillon.
À une époque où les grandes sportives restent encore très influencées par les codes des GT classiques, la Miura ressemble déjà à une voiture venue de la décennie suivante.
Il faut apporter une nuance historique.
La Miura n'est pas littéralement la première automobile à avoir reçu un moteur installé derrière ses occupants. Des voitures de compétition et quelques modèles routiers avaient déjà expérimenté cette architecture.
Ce que la Lamborghini réalise en revanche est différent.
Elle combine un moteur V12 de très haute performance, une architecture centrale arrière, une carrosserie spectaculaire et des performances exceptionnelles dans une voiture produite en série et destinée à la route.
Le V12 est en plus monté transversalement, une architecture extrêmement rare pour un moteur de cette taille.
Lorsque la voiture est présentée au Salon de Genève le 10 mars 1966, Lamborghini ne dévoile donc pas simplement une nouvelle sportive.
Elle présente une nouvelle formule.
Le constructeur italien explique aujourd'hui que la Miura a redéfini ce qu'une voiture routière haute performance pouvait être et la considère comme la première supercar de l'histoire.
Le principe du moteur installé derrière les occupants deviendra ensuite quasiment indissociable des supercars.
Ferrari, Lamborghini et de nombreux autres constructeurs adopteront cette architecture sur leurs modèles les plus performants.
La Miura évolue rapidement durant sa courte carrière.
La P400 est celle qui crée le choc en 1966.
Son V12 3,9 litres développe 350 ch à 7 000 tr/min et 355 Nm. Lamborghini annonce environ 280 km/h et un 0 à 100 km/h en 6,7 secondes.
Entre 1966 et 1968, 265 exemplaires sont produits.
C'est la Miura dans sa forme la plus pure, mais également la plus primitive.
La Miura S fait évoluer la recette.
La puissance du V12 passe à 370 ch, tandis que le couple atteint environ 390 Nm. Lamborghini indique un 0 à 100 km/h en environ 6,4 secondes.
Elle apporte également davantage de confort et de raffinement, avec notamment des évolutions de l'habitacle et, selon les exemplaires, des équipements comme les vitres électriques ou la climatisation.
Elle connaît un succès supérieur à la première version : 338 Miura S sont produites entre 1969 et 1971.
Puis arrive celle qui est aujourd'hui considérée comme l'évolution ultime : la Miura SV.
Présentée en 1971, elle développe 385 ch à 7 850 tr/min. Lamborghini annonce un 0 à 100 km/h en environ 5,5 secondes et une vitesse maximale dépassant 290 km/h.
Mais les évolutions ne concernent pas uniquement les performances.
La voie arrière est élargie, la suspension est retravaillée et la lubrification du moteur et de la boîte devient séparée, améliorant notamment la fiabilité mécanique.
Visuellement, la SV se reconnaît aussi à la disparition des fameux « cils » autour des phares.
Seulement 150 exemplaires sont produits entre 1971 et 1973.
La production est minuscule à l'échelle de l'industrie automobile.
Lamborghini recense officiellement :
Soit 753 exemplaires pour les trois principales versions.
À cela s'ajoutent quelques voitures extrêmement particulières, notamment la Miura Jota, les rares SVJ qui en dérivent et le spectaculaire prototype Miura Spyder réalisé par Bertone.
Cette faible production explique évidemment une partie de la valeur historique et de la rareté actuelle du modèle.
Le nom ne doit rien au hasard.
Ferruccio Lamborghini développe rapidement une fascination pour l'univers de la tauromachie, qui deviendra intimement lié à l'identité de la marque.
Miura fait référence à un célèbre élevage espagnol de taureaux de combat.
Cette association entre Lamborghini et les noms issus de la tauromachie perdurera ensuite pendant des décennies avec des modèles comme l'Islero, le Jarama ou, bien plus tard, le Murciélago.
La Miura participe donc également à construire l'identité que Lamborghini conserve encore aujourd'hui.
La rareté seule ne suffit pas à expliquer la place occupée par la Miura.
Des automobiles produites à moins de 1 000 exemplaires, il en existe beaucoup.
La Miura réunit quelque chose de beaucoup plus rare : importance historique, innovation mécanique, design immédiatement identifiable et performances exceptionnelles pour son époque.
Elle représente également un moment particulier dans l'histoire de Lamborghini.
Lorsque la Miura apparaît, la marque n'a que trois ans. Elle ne possède pas encore les décennies d'histoire de Ferrari, Mercedes-Benz ou Porsche.
Cette seule voiture contribue à transformer Lamborghini en constructeur capable de faire rêver le monde entier.
Elle ouvre également la voie à une lignée de Lamborghini à moteur V12 central qui se poursuivra, sous des architectures différentes, avec la Countach, la Diablo, la Murciélago puis l'Aventador.
La Miura n'est donc pas seulement une Lamborghini de collection.
Elle constitue l'un des points de départ de la Lamborghini moderne.
Pour une automobile extrêmement rare, limiter la recherche au marché français peut considérablement réduire les possibilités.
Une Lamborghini Miura peut apparaître à la vente en Italie, en Allemagne, en Suisse, en Belgique ou dans d'autres pays disposant d'un important marché de voitures de collection.
Cette logique concerne également de nombreuses Ferrari historiques, Porsche anciennes, Mercedes de collection, Aston Martin ou autres Lamborghini classiques.
L'intérêt de l'import n'est alors plus principalement de trouver un prix inférieur.
Il s'agit d'avoir accès à un marché international suffisamment vaste pour identifier l'exemplaire correspondant réellement aux critères recherchés.
Sur une voiture de collection, une différence d'historique, d'authenticité ou de qualité de restauration peut avoir beaucoup plus d'importance qu'une simple différence de kilométrage.
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